Tin-Tin créateur du Mondial du tatouage, de retour du 4 au 6 mars 2016. Crédit photo : Thomas Krauss.

Il paraît qu’un français sur dix est tatoué. Pas étonnant que le Mondial du tatouage, prévu les 4, 5 et 6 mars prochains à la Grande Halle de la Villette cartonne ! Pendant une séance de tatouage, le célèbre tatoueur parisien Tin-Tin, créateur du Mondial, nous a parlé de l’édition de cette année 2016.

Le ronron de sa petite machine de torture en fond sonore, l’imposant Tin-Tin, tatoue. Son style ? On le connaît : il aime le réalisme et le japonisant. Les tatoueurs ont leur signature, souvent rattrapés par la commande : tu es connu pour faire de jolis dragons, alors on te demande toujours des dragons se marre-t-il. La preuve, il grave dans l’épiderme d’un client un long et tortueux reptile. Équipé de ses petites lunettes rondes noires, de ses gants en latex et de son encre, noire aussi : il enroule les ailes de sa bestiole du bout de son aiguille dans la peau rougie du patient. Petite précision, Tin-Tin ne tatoue jamais deux fois le même dragon. On met de la couleur? le monsieur répond par la négative. On lui donne une dynamique, après il fait un peu ce qu’il veut, mais j’ai confiance sourit son client. Déjà en place depuis 4 heures à l’étage du salon rue de Douai, dans lequel trônent une douche, un vieux fauteuil de barbier et un faux squelette entre autres trophées, il est patient. Concentré, le tatoueur à la renommée mondiale raconte qu’il a encore plein de place sur son corps à lui : oh ça va, je tatoue toute la journée, toute ma vie, j’ai pas besoin d’en avoir partout sur moi ! Il a les mains serrées dans ses gants de latex noir, qui ne protègent pas des piqûres, les risques du métier blague-t-il. Quand on lui demande comment elles vont, ses mains, après tant d’années et d’heures quotidiennes de minutieux travail, il s’étonne qu’on lui pose la question : tout va bien de ce côté là. Par contre, du côté du Snat, le Syndicat National des Artistes Tatoueurs qu’il a créé pour la reconnaissance du tatouage comme art, la lutte est plus complexe. Pour faire découvrir au plus grand nombre sa discipline, il a instauré depuis 1999 le plus grand salon de tatouage mondial, simplement baptisé : Mondial du Tatouage. De retour ces 4, 5 et 6 mars à la Villette. Entre deux écailles de dragon, il nous en raconte les coulisses.

Crédit photo : Jane Roussel / ParisBouge.com.

Comment tu as commencé le tatouage ?

J’en ai vu un beau, à 16 ans en Italie. Te dire à quoi il ressemblait… J’en serais incapable, mais en tout cas c’était beau. Ensuite j’ai fait l’armée, ça fait de la couenne pour s’entraîner. À l’époque le tatouage c’était dégueu, mais le milieu m’a vite fasciné. Et du coup face à la médiocrité de la pratique j’ai vite été meilleur que les autres. J’en étais persuadé. Bon, j’étais un peu prétentieux à ce moment là.

En dehors du tatouage pur, tu as d’autres projets en ce moment ?

Le Mondial du tatouage, bien sûr. Mais moi ce que j’aime c’est tatouer, donc c’est ma fiancée qui gère l’organisation. C’est vachement de boulot. Sinon, j’ai plusieurs casquettes, j’ai été conseiller artistique sur l’exposition Tatoueurs Tatoués l’année dernière. Je fais des collabs : j’ai tatoué un gros dragon sur une voiture Nissan qui sera exposée au Mondial. Je picore dans tout ce qu’on me propose, sur le salon il y aura aussi une guitare Fender que j’ai dessinée (dans une exposition de neuf guitares Fender au Mondial, ndlr).

Qu’est-ce qui a changé depuis 1999, l’année de la création du Mondial du tatouage ?

Il y a globalement beaucoup plus de gens qui se font tatouer aujourd'hui ! Du coup les gens sont plus nombreux à être intéressés par le Mondial et viennent nombreux s'y faire tatouer justement. On est dans l’âge d’or, dans l’explosion du truc. Et puis on essaye de s’améliorer chaque année, avec plus de tatoueurs, de représenter toutes les écoles, même celles que j’aime pas trop.

Comment les tatoueurs qui participent au Mondial sont-ils sélectionnés ?

Je choisis tous les tatoueurs qui viennent au Mondial. Bon y’en a 350 alors je les connais pas tous personnellement, mais quand même une bonne partie. Selon moi c'est les meilleurs de la planète. J’aime bien faire venir de jeunes talents. Cette année il y aura Véro du Studio Tattoo Mania de Montréal. Elle est ultra réaliste. Ça fait pas longtemps qu’elle tatoue mais elle met la dragée haute à tout le monde, y compris moi ! Il y aura aussi Julian Siebert, un Allemand avec un style très coloré que j’aime beaucoup. Et plein d’anciens apprentis passés par chez moi comme Eskimo ou Easy Sacha du Mystery tattoo club.

Vous allez travailler comment en tant que tatoueurs sur place ?

Je ne tatoue pas sur le Mondial, j’y vais pour passer du temps avec mes potes et rigoler. Et faire un marathon par jour pour voir tout le monde aussi ! Les tatoueurs bosseront sur place pour la plupart. Certains auront des sets de flash : des dessins préparés qu’on pourra choisir et se faire tatouer à partir d'un catalogue. Le flash est pas mal critiqué, la mode est au dessin original. Mais je pense qu'on peut pas dire « c’est comme ça et pas autrement qu’on tatoue », y’a pas de règle. Il y a toujours des gens que ça intéresse, il y en aura pour tous les goûts. Les tatouages seront quand même réalisés par les meilleurs tatoueurs du monde...

Le but du Mondial, c’est quoi pour toi ?

Faire découvrir le tatouage comme un art à part entière. Sûrement pas de ramener des clients aux tatoueurs présents, ils n’ont pas besoin de moi pour ça ! Mon but ultime, ce serait que le tatouage soit reconnu comme le 10ème art. Les tatoueurs ont été exposés dans un musée national avec l’expo Tatoueurs Tatoués (au musée du Quai Branly) et on n’est même pas reconnus officiellement comme artistes. Je parle pas des scratcheurs qui font de la merde, mais de tous ceux qui réussissent à vivre du tatouage. Comme un peintre qui vend ses toiles ou un photographe ses photos, tu vois ?

En parallèle du tatouage, d'autres animations sont prévues pendant ces trois jours à la Villette ?

Ouais il y aura des concerts : les Sticky Boys et Uncle Acid & the Deadbeats le vendredi soir, Hangman’s chair et Orange Goblin le samedi soir. On a choisi du métal parce que le public du métal est cool. Par contre je veux pas des shows burlesques à la con qu’il y a tout le temps sur les salons, c’est balourd et ça n’a rien à voir avec le tatouage.

Le Mondial du tatouage 2016 se déroulera les 4, 5 et 6 mars dans la Grande Halle de la Villette, 211 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris. Pass 3 jours : 60€, entre 27€ et 32€ la journée.