Hubert Boukobza, le Boss des Bains Douches nous raconte ses anecdotes. Crédit photo : Agathe Suarez.

Hubert Boukobza, patron des Bains Douches pendant vingt ans et sacré roi de la nuit dans les années 80, sort son autobiographie intitulée « Dix mille et une nuits ». Écrit avec Jean-François Kervean et publié aux éditions Robert Laffont, le livre retrace l'histoire de celui dont l'existence fut une grande fête. Une saga mythique, débordante d'anecdotes folles et pailletées. Entretien avec « The Boss ».

Pourquoi avoir écrit ce livre aujourd'hui ?

Hubert Boukobza : Parce qu'il y a trente ans ça n'aurait pas été « Dix mille et une nuits », mais « Trois nuits ». (Rires). Pour de vrai, c'est plutôt six mille nuits, mais les dernières étaient moins bien.

Quelle était la magie des Bains ?

Hubert Boukobza : Vous savez, moi avant les Bains, j'avais des restaus à Saint-Michel, je connaissais rien de tout ça. Un jour, un ami, Jean-Louis Costes, m'a parlé d'un lieu à reprendre dans les Halles. Alors, je suis allé voir. C'était dans une petite rue paumée, où personne ne venait. Le lieu était glauque, un truc d'héroïnomanes, très gris, mais j'ai tout de suite senti son potentiel. Je l'ai acheté. Au début, ils ne voulaient pas trop me le vendre, ils avaient peur que j'en fasse un truc de danse orientale et de couscous merguez. Du coup, je n'ai racheté que les Bains. Très vite, ils m'ont appelé pour que je rachète aussi les Douches ! Moi, je ne connaissais pas grand monde, mais j'ai tout de suite su bien m'entourer, et c'est comme ça que ça a commencé (...). La magie des Bains, c'était le mélange qu'il y avait là-bas. Il y avait tout le monde et n'importe qui. Je ne voulais surtout pas avoir une clientèle uniforme, mais créer au contraire un melting pot. Au début, forcément, certaines personnes se regardaient de travers, mais j'ai très vite calmé ça. Aux Bains, il n'y avait pas de racisme. Les rock stars côtoyaient les princesses, et tout le monde s'amusait. (...) J'avais l'impression de donner du bonheur aux gens. Ils venaient faire la fête le week-end en sachant qu'ensuite une semaine de merde les attendait, et ils pouvaient emporter ce bon souvenir avec eux.

Parmi ces dix mille et une nuits, quelles sont celles qui vous ont le plus marqué ?

Hubert Boukobza : Les plus belles soirées c'était quand Prince venait à deux heures du matin pour faire un show, et qu'il faisait exprès pour m'énerver d'attendre quatre heures ou cinq heures du matin pour démarrer. Par contre, les gens ne bougeaient pas, car ils savait qu'il allait jouer. Finalement, il faisait un show de 5h à 7h du matin, plus long qu'à Bercy ! C'était la grande époque de Prince. Il a fait ça trois ou quatre fois chez moi, et ça c'était unique. Sinon, une soirée un peu exceptionnelle c'est quand on avait gagné la coupe du monde en 98. J'avais été à la finale avec Denis Hopper et Jack Nicholson, et le lendemain, tout le monde était aux Bains. J'étais à table avec Johnny Depp, Sean Penn, Bono, Polanski et Jack, et là, toute l'équipe de France arrive, mais je ne savais pas qu'ils allaient venir. C'étaient les dieux à ce moment, et ils étaient tous là. À un moment donné, je dis discrètement au DJ de mettre « I Will Survive », et le mec il l'avait pas ! J'ai envoyé trois mails dans trois drugstores différents pour la ramener, c'était rigolo.

Comme vous l'avez si bien dit, la singularité des Bains reposait sur le mélange des milieux sociaux, des professions et des styles. Quelles sont les rencontres les plus étonnantes auxquelles vous ayez assisté ?

Hubert Boukobza : J'ai présenté Jean Nouvel à Kevin Spacey, à Robert de Niro, et même à Bono. Depuis, Bono et lui sont très amis car maintenant ils habitent tous les deux dans le Sud. Sinon, il y a un autre truc beaucoup plus triste. J'étais très copain avec Dodi Al-Fayed, le mec qui est mort avec Diana, et je lui avais présenté le chanteur de INXS (Michael Hutchence, ndlr). Je les présente tous les deux, on rigole bien, ils s'apprécient beaucoup, et l'année d'après tous les deux étaient morts. C'est pas gai, mais ça m'avait fait un choc. Sinon, la plupart des gens se connaissaient entre eux, j'ai pas présenté Mick Jagger à David Bowie ! (...) Ah oui ! Un jour je déjeunais au Costes avec Johnny Depp qui était à Paris pour tourner un film avec Polanski. Et à un moment donné, je vois de loin arriver Vanessa Paradis. Je savais qu'elle avait un petit crush pour lui, elle me l'avait déjà dit. Alors, je fais exprès de l'appeler, elle était avec un chien. Je lui dis « Tu connais Johnny ? », et je lui propose de s'asseoir cinq minutes. Pendant un quart d'heure, Johnny a caressé le chien. Après, j'ai fait comme si je devais vite partir, je suis pas con, et c'est comme ça que ça a commencé. C'est une belle histoire. Elle était folle de lui, mais bon elle n'était pas la seule !

Pourquoi une telle liberté a-t-elle pu prendre place ici et pas ailleurs selon vous ?

Hubert Boukobza : D'abord, l'époque le permettait un peu plus je crois, et c'était aussi ma folie. Je commençais à prendre pas mal de coke, et j'ai toujours été un peu marginal, moi. Et puis il y avait le lieu, bien sûr. Moi j'avais la matière, j'ai fini le tableau. Tout est arrivé par touches. Il y a eu des grandes scènes aux Bains. Un soir, on avait fait une fête pour la princesse Thurn und Taxis, car c'était l'anniversaire de son mari. Il y avait la terre entière : les patrons de Mercedes, toutes les princesses du monde, des reines... À l'époque, Thurn und Taxis et son mari étaient complètement fous. Et ce qu'il faut savoir, entre nous, c'est qu'elle était gouine et lui homo. Et à un moment donné, j'ai eu une idée un peu folle... Je lui ai dit : « Dis moi, ça te dérangerait si je mettais soixante bites pour les bougies du gâteau ? » Et là elle me fait « Oh non, ça va les faire rigoler ! ». Et le gâteau arrive avec soixante bites. C'est rigolo non ?

Vous avez fini par vous perdre dans toute cette démesure ?

Hubert Boukobza : Non, mais après une vingtaine d'années où j'étais à fond, j'ai eu malheureusement cette addiction à la coke qui m'a fait perdre un peu le sens de la réalité. J'ai fait des belles choses, j'avais deux restaurants supers, je m'étais associé avec Robert de Niro. J'avais un hôtel avec Jean-Louis Costes avenue Kléber, et j'avais créé Pierre Hermé. Enfin financé hein, c'est pas moi qui fais les gâteaux. Et puis, c'est à ce moment là que j'ai eu comme une autodestruction. J'en avais marre des Bains, de tous ces machins. Je n'en avais pas marre de mes copains, mais vous savez, c'est beaucoup vingt ans.

Vous regrettez ce paradis perdu ?

Hubert Boukobza : Ce n'est pas du tout un paradis perdu, mais un paradis qui continue de vivre en moi, dans ma mémoire.

Qu'est-ce qui ressort du bilan de votre vie ?

Hubert Boukobza : Disons que j'ai eu beaucoup de chance dans ma vie. J'ai eu de la chance d'avoir pu créer ce lieu et rencontrer ces gens. Évidemment, il y a la fête, les feux d'artifices, tout ce que vous voulez, et j'ai apprécié ça. Mais j'ai surtout été chanceux de faire ces rencontres. Avant les Bains, je n'étais pas grand chose, et puis j'ai fait la connaissance de ces gens. Ce n'est pas le fait qu'ils soient célèbres, vous savez, mais ces personnes-là ont vraiment quelque chose, une énergie particulière, une magie.

Aujourd'hui encore vous restez cet éternel hédoniste ?

Hubert Boukobza : Oui, oui. Bon, même si maintenant j'ai arrêté les bêtises. Comme je l'ai dit à Ardisson, j'ai eu beaucoup de chance. Dès que je touchais à quelque chose, ça devenait de l'or. J'ai eu les plus belles femmes du monde. Parce que ce qu'il faut savoir, c'est que moi j'étais un mec normal avant les Bains. Mais au bout de six mois, j'étais devenu Brad Pitt, sans avoir changé un seul truc ! Toutes les filles étaient après moi. Remarquez, c'est qu'il n'y avait que des tops models. S'il n'y avait eu que des concierges, je ne serais sorti qu'avec des concierges.

Que pensez-vous de ce que sont devenus les Bains après vous et de la façon dont ils s'apprêtent à renaître ?

Hubert Boukobza : Moi franchement, ça ne m'intéresse pas beaucoup. Pour moi les Bains, c'est fini. J'ai cassé les murs quand je suis parti et j'ai jeté la clef au propriétaire. Je n'en voulais plus. Maintenant, ils vont utiliser mon nom pour essayer de les faire marcher. Avant c'était un endroit de nuit, maintenant c'est un lieu où on va aller dormir.

Que pensez-vous de la vie nocturne à Paris aujourd'hui ?

Hubert Boukobza : Aujourd'hui, il n'y a que des choses un peu éphémères, et moi j'aime bien. Ce sont mes filles qui m'en parlent. J'ai été une fois à la Concrete avec ma fille. Franchement, c'est une des meilleures soirées. Maintenant le Baron, le Montana et tout ça c'est fini, et même avant, c'était quand même une clientèle très ciblée. Les Bains, c'était un esprit club, on pouvait y aller seul et rencontrer plein de copains tous les jours de la semaine. C'était un peu comme une maison, il y avait des gens qui venaient trois ou quatre fois par semaine. Même Jean Nouvel il aimait venir, la nuit l'inspirait, le faisait rêver.

Pensez-vous que cette liberté soit perdue ?

Hubert Boukobza : L'état d'esprit n'est plus le même, aujourd'hui il y a surtout des business man. Les patrons ont plusieurs lieux à la fois, et ils ne s'y impliquent pas vraiment. Y'a André du Baron qui est un peu charismatique, et lui c'est le seul qui sorte du lot. Il a été formé à l'école des Bains. Il n'avait pas de pognon quand il était jeune, et parfois il dormait sur les banquettes des Bains.

Où sortez-vous quand vous revenez à Paris ?

Hubert Boukobza : J'aime bien aller dans les restaus. J'aimais bien l'Hôtel Costes, car j'y ai habité pendant un an et demi. (...) J'adore le Duc aussi, je pourrais manger tous les jours là-bas. J'aime bien le côté un peu rigolo de l'Ami Louis. J'aime bien les endroits un peu canailles, comme le Baratin à Belleville. Avec Jack Nicholson, on aimait bien aller aux Gourmets des Ternes, il y a une très très bonne viande. Lui mangeait du canard et faisait de la poésie dessus.

Un mot pour la fin ?

Hubert Boukobza : Pour moi, vous savez, c'est aujourd'hui que la vie va commencer. Comme la chanson de Johnny. C'est d'ailleurs le dernier chapitre. Je n'ai jamais trop pensé au passé, et avec ce livre, je peux maintenant me figurer l'avenir. Je crois avoir payé ma dette pour tout ce succès. Maintenant, c'est un retour où peut être mes doigts d'or seront redevenus magiques. Je réfléchis à monter des affaires au Maroc. Et puis j'ai mes deux filles que j'adore.

Le livre était donc une façon de fermer le chapitre précédent ?

Hubert Boukobza : Non, non, le livre c'est l'histoire. Je ne voulais pas la fermer mais la réouvrir. Et en même temps, c'était comme un psychanalyse. J'ai lâché tout le bon et le mauvais, je n'ai pas menti du tout. Même les trucs pas terribles je les ai racontés. Avec moi c'est pas ParisBouge, mais Paris a bougé !

Le livre « Dix mille et une nuits » par Hubert Boukobza et Jean-François Kervéan est en vente dans toutes les librairies au prix de 20 €.

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