© Vue de l’exposition « Xenopoetri » au Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, 2024. © Jonas Hä nggi et Etienne Malapert
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12€, 9€
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Dans l’œuvre sensible et prolifique de Babi Badalov, les mots produisent des formes qui produisent du sens. S’y déploie une poésie visuelle, déclinée sur une diversité de supports – tissus, collages, dessins sur documents administratifs – oscillant entre art brut, classicisme, baroque et punk. Sa calligraphie obsessionnelle joue de la plasticité du langage à travers des jeux de mots, des répétitions et des homophonies, mais aussi des étirements de lettres penchant vers l’arabesque. Proche du graffiti, son art reste marqué par l’ornement, révélant les filiations entre le dessin et l’écriture qui existent dans la tradition musulmane, dont l’artiste est en partie issu. Utilisant des matériaux de récupération, dans une esthétique de l’urgence, son artisanat fait preuve d’une séduction riche malgré une pauvreté des moyens.
À travers son prisme, des morceaux d’histoire affleurent, de la chute de l’URSS à la crise du Covid, de Joseph Beuys à Bakounine. Babi Badalov a traversé cette histoire, depuis son Azerbaïdjan natal et au fil de ses émigrations successives aux États-Unis, en Turquie, au Royaume-Uni puis en France, où il accède au statut de réfugié politique en 2011. Là où la langue peut s’ériger en frontière, Babi Badalov l’associe à l’image et la détourne pour la transformer en mode de relation.
Pour Babi Badalov, les mots sont une manière d’être au monde. Ils évoquent sa réalité et les questions politiques qui la traversent : l’hybridité culturelle, les droits humains, la mondialisation, l’exil, l’identité, la liberté d’expression, les conséquences du capitalisme. On sait combien la langue est un système normatif. Chez Babi Badalov, cette norme dégénère, déraille et s’enfuit dans toutes les directions. Cet affranchissement se fait au risque du mystère, mais aussi de l’absurde et de l’idiotie qui est, on le sait, une autre forme de la sagesse.
À l’espace Niemeyer, siège du Parti communiste français, les slogans poétiques de Babi Badalov, capables de faire advenir d’autres réalités, résonnent avec l’esprit des lieux. Un lieu historique, traversé par des idéaux. Un lieu dans lequel des devises telles que « Utopistes debout ! » ou « Rêve général ! » ont résonné. Réactualisant l’image du slogan depuis sa voix à la fois minoritaire, hybride et ambivalente, il clame et proclame une liberté qui en appelle à la sensibilité plus qu’à la raison. Babi Badalov réactive le pouvoir des mots et leur capacité à résonner, rassembler, dessiner d’autres possibles.
Un projet du Palais de Tokyo en collaboration avec l’Espace Niemeyer, siège du Parti communiste français, Libres comme l’art et la galerie Poggi.
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