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Événement publié par Watana D

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Les artistes Foscolo et Delay présentent leurs visions singulières des mégalopoles modernes, à mi-chemin entre les déconstructions folles d'Inception, et les cités industriels de Blade Runner ou encore de Midgar.

Boris Foscolo

L’essentiel du travail de Foscolo porte sur la ville, son énergie, son mouvement permanent, l’aliénation des individus qu’elle suscite. L’artiste la représente sous toutes les coutures : baignée de pluie, dans la série After Rain, peuplée d’usagers esseulés dans le métro (Inside – Outside), en proie à un cataclysme, à moins que ce ne soit simplement son vrai visage, rappelant le Tokyo détruit de Katsuhiro Otomo (Twister GT/Furtif). C’est aussi par sa culture que la ville surgit à l’occasion, Foscolo représentant les membres du Wu Tang, ou Deckard, le détective incarné par Harrison Ford dans Blade Runner. Doué pour la peinture, Boris Foscolo ne veut pas pour autant devenir un « artisan de la peinture », content de son niveau, qui se satisferait de motifs bien sentis qu’il répèterait ensuite à l’envi. L’artiste ne rejette pas « le métier du peintre », qu’il embrasse dans son ensemble, mais se maintient sur le qui-vive. Chaque tableau à sa propre vérité, sa propre technique, et chaque œuvre se doit d’être une réflexion sur le procédé pictural même. Cette volontaire instabilité technique se répercute également dans les compositions : Foscolo, avec le temps, se fait plus abstrait, il laisse intervenir la déconstruction, les taches, les accidents, pour contrer les effets trop faciles de la communication qu’il connait si bien. A chaque peinture, l’artiste mélange les techniques, les points de vue, passe plusieurs couches de motifs, qu’il laisse réapparaître selon les besoins, par la technique du palimpseste. Il alterne de la même façon le fusain et le pinceau, les portraits et son travail sur la ville.
Foscolo s’inscrit ici dans la longue histoire des peintres contemporains, ceux qui ont dépassé le clivage entre abstraction et figuration, pour mieux acter de la pertinence éternelle de la peinture à conter la place de l’Homme dans le monde.

Nicolas Delay
Né en 1977 à Drancy. Vit et travaille en Seine-et-Marne.
Nicolas Delay fait partie de ces artistes qui auraient pu passer à côté de leur vocation. Engagé dans des études d’éducateur spécialisé et travaillant déjà dans le domaine, c’est l’animation d’un atelier artistique aux côtés d’un artiste qui donna le déclic à celui qui produisait de son côté, sans le montrer à personne. Delay finit par abandonner son travail et à exposer seul. De ses études, il ne validera que le volet artistique, avec en poche le conseil d’un de ses professeurs : « Inspire toi de ce qu’il y a autour de toi ». Ses premiers travaux consistent en des collages dans lesquels on va retrouver deux éléments importants de la pratique de Nicolas Delay : la photographie, qu’il commence à exercer pour l’occasion, et les circuits imprimés, qu’il collecte depuis longtemps sans but précis, mais qui le fascinent. Son travail intéresse rapidement les collectionneurs, ce qui n’empêche pas Delay d’évoluer rapidement : c’est le circuit imprimé qui sert alors de motif principal, dans des œuvres tout d’abord assez bidimensionnelles, avant que le relief ne devienne de plus en plus prégnant, jusqu’à devenir à l’occasion, aujourd’hui, des figures en ronde-bosse. Cependant, il est quasiment impossible de déterminer s’il s’agit d’un tableau ou d’une sculpture dans la plupart des cas. Le mode opératoire est toujours le même : Delay construit un châssis en contreplaqué, qu’il recouvre de noir. Puis, sur les volumes prédéfinis, l’artiste fixe les circuits et tout autre élément trouvé dans les serveurs informatiques, qui constituent sa source principale, mais pas exclusive.
De son propre aveu, naître et grandir à Drancy a eu quelque influence sur son travail. Les grands ensembles urbains, où la ville n’est plus à l’échelle de l’Homme, ont pour l’artiste une beauté magnétique qui n’a d’égale que le vertige et la nausée qu’elles provoquent. Lorsqu’il s’est lancé dans ses grands « tableaux en relief », l’artiste souhaitait créer des villes, des architectures qui permettent de faire oublier le circuit imprimé tout en utilisant sa puissance esthétique. Seulement, le travail de Delay n’est pas qu’une histoire de délectation visuelle. Il y est surtout question de notre rapport au monde. Ses matériaux sont des objets récupérés, voués au rebut et auxquels il donne une seconde vie, en laissant le minimum de déchet. La couleur noire, très présente, annonce une forme de deuil quant à l’état du monde et au gâchis écologique produit par l’activité humaine. Ce noir, c’est l’indice carbone de notre société post-industrielle, toute entière dévouée à la surconsommation. Ici, le travail de Delay dénote d’un paradoxe : quand bien même il met en scène la colonisation agressive de notre espace par ces éléments électroniques et manufacturés, il éprouve une infinie tendresse pour eux.
De ce point de vue, il est relativement aisé de replacer son travail dans l’histoire de l’art. Si les pièces ont pu rappeler Louise Nevelson –qu’il n’a découvert que bien après avoir réalisé ses pièces -, on peut le rapprocher, en esprit, des Nouveaux Réalistes attachés à la représentation de l’objet comme Tinguely, César ou Arman, qui étaient eux-mêmes tout aussi fascinés par la beauté des objets qu’inquiétés par leur prolifération et leur supposée obsolescence. Cependant, c’est sans référence particulière que Nicolas Delay trace son chemin, désireux avant tout de parler du monde contemporain et de créer de nouvelles perspectives sur celui-ci.
 
Ce texte ne peut-être reproduit sans l'autorisation de la galerie BS.


Attention: Fermé le vendredi 26 mai.

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